Et PAF ! ça fait des chocapics  (Bavardages Intempestifs) posté le mardi 22 septembre 2009 21:02

Bien le bonjour/bonsoir à tous. J'ai changé de plateforme, pour ceux qui me connaissent déjà, à cause des (nombreux) bugs de JV... Bref.

Je voudrais faire de ce blog quelque chose de personnel et d'unique, un endroit où, évidemment, je publierai mes écrits, mais aussi un endroit où parler de mes projets, de mes autres passions (diverses et variées, comme le cinéma, la mythologie grecque et la Suède, entre autres)...

Bien entendu, je ne vous force pas à laisser de commentaire si vous lisez, puisque je ne le fais pas toujours moi-même, mais sachez tout de même qu'en général, ils sont bien accueillis et me font très plaisir, qu'ils soient bref ou non.

Maintenant, quelques précisions : il arrive que certaines de mes histoires comportent des scènes de sexe, parfois à caractère homosexuel. Si ça ne vous plaît pas ou si vous êtes trop jeune, je vous les déconseille. Je suis également très (et c'est un euphémisme) grossière, et certains de mes personnages le sont par conséquent aussi. Les fautes d'orthographe ne m'épargnent pas non plus, et même si j'y fait généralement attention, il se peut qu'il en reste parfois. Je m'en excuse d'avance.

Sur ce, j'espère que vous aprécierez ce blog autant que j'aprécie d'écrire et de publier.

Bisous et bonne lecture,

Mirage

 

Image : des pavés gorgés d'eau... Je trouve ça plutôt poétique (ouais, enfin, un peu quoi).

Pour me joindre : the.ghost.who.haunts.you@hotmail.fr (de préférence par mail)

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Le début de la fin/faim  (Bavardages Intempestifs) posté le mardi 22 septembre 2009 21:30

 

Ecoutez : Boy's Don't Cry - The Cure

 

(Si vous vous posez la question : oui, mes titres d'articles ont bien un rapport avec le contenu. Enfin, je crois.) 

 

Fictions

(ou quand on rentre pour de vrai dans le vif du sujet)

 

Love Association

En cours

Genre : Romance

Publication : tous les 10, 20 et 30 du mois

Résumé : "La présidente du conseil des élèves, la rédactrice en chef du journal du lycée, la capitaine des pom-pom girls et... quoi ? La fille facile du lycée, ne sont normalement pas faites pour s'entendre." "La popularité réunie les gens, sans doute." "Et cette bande de garçons louches ? Ils dealent non ?" "L'un d'eux seulement. Les autres ont leurs problèmes. Enfin, d'autres problèmes." "Et que font les autres ?" "Quels autres ?" "Cette fille un peu hippie, et un peu accro aussi, ce garçon trop naïf, et ce skateur surdoué." "Eux ? Ils gravitent. Tout le monde gravite dans Love Association."

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Love Association  (Love Association) posté le mardi 22 septembre 2009 21:52

Love Association - I Hate Kate

 

When I say love

Quand je dis amour

Tell me what comes to mind

Dis-moi ce qui te vient à l'esprit

Is it your love to watch me suffer all the time ?

Est-ce que c'est ton amour de me voir souffrir tout le temps ?

When I say regret

Quand je dis regret

Tell me what comes to mind

Dis-moi ce qui te vient à l'esprit

Is it not scratching out my eyes when you have time ?

Est-ce que ce n'est pas d'abimer mes yeux quand tu as le temps ?

The time to lie to me, pleasure me, then suffocate me in my sleep

Le temps de me mentir, de me plaire, puis de m'étouffer dans mon sommeil 

Would you tell me all the things you know I wanna hear ?

Me diras-tu toutes les choses que tu sais que je veux entendre ?

And lead me to believe

En me convaincant de te croire

 

When I say fall

Quand je dis chute

Tell me what comes to mind

Dis-moi ce qui te vient à l'esprit

Is it October first when we first had the time ?

Est-ce que c'est ce premier Octobre quand nous avions notre premier rendez-vous ? 

The time to kiss me, miss me, fuck my friends make me naïve

Le temps de m'embrasser, de me manquer, de baiser mes amis et de me rendre naïf

Would you tell me all the things you know I wanna hear ?

Me diras-tu toutes les choses que tu sais que je veux entendtre ?

And lead me to believe

En me convaincant de te croire

 

I admit we’re sick and we breathe the chaotic eye

J'admets que nous sommes malsains et que nous respirons un regard chaotique

I find the beauty in the comma psychotic

Je chercher la beauté dans la virgule psychotique

In this universe it goes from bad to worse

Dans cet univers, ça va de mal en pis

Only if you let it

Seulement si tu le laisses

Only if you let it

Seulement si tu le laisses

In this universe it goes from bad to worse

Dans cet univers, ça va de mal en pis

I won’t let it

Je ne le laisserai pas

I won’t let it

Je ne le laisserai pas

 

When I say complete

Quand je dis complet

Tell me what comes to mind

Dis-moi ce qui te vient à l'esprit

Is it the kind of life that I could never find ?

Est-ce que c'est ke genre de vie que je ne pourrai jamais trouver ?

Would you lie to me, pleasure me, then suffocate me in my sleep

Me mentiras-tu, me feras-tu plaisir, puis m'étoufferas-tu dans mon sommeil

Would you tell me all the things you know I wanna hear ?

Me diras-tu toutes les choses que tu sais que je veux entendre ?

And lead me to believe

En me convainquant de te croire

 

I admit we’re sick and we breathe the chaotic eye

J'admets que nous sommes malsains et que nous respirons en regard chaotique  

I find the beauty in the comma psychotic

Je cherche la beauté dans la virgule psychotique

In this universe it goes from bad to worse

Dans cet univers, ça va de mal en pis

Only if you let it

Seulement si tu le laisses

Only if you let it

Seulement si tu le laisses

In this universe it goes from bad to worse

Dans cet univers, ça va de mal en pis

I won’t let it

Je ne le laisserai pas

I won’t let it

Je ne le laisserai pas

Traduction outrageusement approximative, comme vous pouvez le remarquer. Cela dit, je trouve que cette chanson retranscrit assez bien l'ambiance de l'histoire. 

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Chapitre 1  (Love Association) posté le mardi 22 septembre 2009 22:00

The End Of The World - Ghinzu  

 

Elfy Shepard souffla d’agacement quand sa ballerine blanche – ou tout du moins qui l’était encore dans un passé proche – plongea une fois de plus dans l’une des flaques d’eau qui parsemaient la chaussée. Elle détestait la pluie, elle détestait le froid, et elle détestait marcher sous la pluie et dans le froid. Ce qu’elle était présentement en train de faire, son sac en bandoulière sur l’épaule et sa longue jupe flottant derrière elle.

Sans savoir pourquoi, elle s’était levée en étant persuadée qu’elle allait passer une mauvaise journée. Ses pressentiments la trompaient rarement, et celui-là semblait ne pas vouloir faire exception à la règle, à en juger par l’état de ses chaussures, le temps qu’il faisait, et évidemment le fait qu’elle commençait par deux heures de tortures physiques et morales : le foot en salle.  

Elle arriva aux abords du lycée, un grand bâtiment à l’allure moderne qu’elle regarda avec lassitude en pensant qu’elle y serait bientôt, puis tourna dans l’une des petites ruelles adjacentes. Elle s’immobilisa enfin face au mur du fond et essuya à l’aide de sa manche les verres orangés de ses petites lunettes rondes. 

La ruelle était si sombre et brumeuse qu'Elfy ne put s’empêcher de penser aux films d’horreur tous plus glauques les uns que les autres, qu’elle affectionnait tout particulièrement il y a quelques années. En fait, jusqu’à ce qu’elle développe une aversion soudaine et totale pour toute forme de violence, se mette à porter des bijoux à breloques en bois naturel et devienne végétarienne.

-          Salut Elfy, pile à l’heure hein ? siffla dans son dos une voix moqueuse et bien connue.

Elle se retourna avec un demi-sourire vers son interlocuteur. Même elle, qui affichait la plupart du temps une expression de joie, qu’elle soit sincère ou non, ne pouvait pas sourire complètement face à Newt Westerfeld.

Derrière les lunettes de soleil qu’il ne quittait jamais, Elfy avait l’impression que ses yeux analysaient et décortiquaient le moindre de ses faits et gestes. Si elle avait été un tant soi peu attirée par les bad boys, elle serait sans doute folle de Newt. Avec son blouson en cuir, ses cheveux blond foncé artistiquement ébouriffés et le sourire moqueur qui étirait en permanence ses lèvres, il dégageait une beauté presque malsaine tant on la devinait dangereuse.

-          Toujours à l’heure, tu me connais ! Tu as ce que je t’ai demandé ? demanda-t-elle directement en commençant à fouiller dans son sac en cuir vieilli pour trouver les billets qu’elle y avait mis le matin même.

-          Hum, en réalité, c’est un peu plus compliqué que ça. Tu vas à la fête de Pointcurt ce soir ?

-          Faut voir. Comment ça, plus compliqué ?

-          Bon, je t’explique vite fait. Normalement, les mecs devaient tout m’apporter hier soir, mais ils ont eu un problème avec la bagnole, j’ai pas tout suivi. Du coup, je peux l’avoir que dimanche soir.

-          Oh. Je vois. Quel rapport avec la fête de Pointcurt ?

-          Je pense que je pourrai avoir ce qu’il te faut pour ce soir, avec ce que j’ai déjà chez moi. Comme tu es ma cliente préférée, si tu viens à la fête, je pourrai te donner ce que tu veux.

Son sourire se fit plus charmeur et Elfy haussa un sourcil sceptique.

-          Ta cliente préférée hein ?

-          Ma plus grosse cliente en fait, rectifia Newt en adoptant soudain un ton condescendant qui lui déplut immédiatement. D’ailleurs, je tenais à te remercier. Tu n’es au lycée que depuis deux mois, et déjà tant d’argent dans ma poche… Bien entendu, je me sens profondément concerné par tes problèmes de consommation de produits illicites, et si tu veux en parler je…

-          Ta gueule Westerfeld. Puisque tu n’as rien pour moi, je m’en vais ! s’exclama-t-elle en remettant ses lunettes et en commençant à partir furieusement. Je ne vais pas me laisser insulter par un mec qui porte des lunettes de soleil à huit heures du matin en plein mois d’octobre !

La jeune fille était le contraire même de violente et colérique, mais aborder le sujet de sa dépendance devant elle était le meilleur moyen de briser la carapace de zen attitude qu’elle s’efforçait de maintenir en permanence. Et Newt le savait mieux que personne, puisqu’il la faisait craquer presque à tous les coups.

-          Je te trouve gonfler de parler de ça alors que tu viens juste de remettre tes propres lunettes et que tout le monde sait qu’elles te sont totalement inutiles ! continua-t-il moqueusement.

Elle accéléra le pas en poussant un soupir excédé, puis elle entendit le blond souffler bruyamment. 

-          Attends Elfy ! l’arrêta-t-il alors qu’elle s’apprêtait à sortir de la ruelle. Je plaisantais, te vexe pas.

Il fouilla un instant dans la poche de son jean alors qu'Elfy le fixait d’un air méfiant, puis en sorti un petit sachet qu’il lui tendit d’un geste apaisant.

-          Tiens, pauvre petite Elfy en manque. Laisse, c’est pour moi, continua-t-il alors qu’elle rouvrait déjà son sac. Pour me faire pardonner.

Elle le prit et sourit doucement en secouant la tête. Il était vexant, moqueur et cynique, mais malgré tout, elle aimait bien Newt, parce qu’il ne pouvait pas s’empêcher d’être plus gentil qu’il ne le paraissait en réalité.  

Il la regarda pendant quelques secondes avec un rictus qui se rapprochait plus de ses vrais sourires que n’importe laquelle de ses expressions moqueuses ou charmeuses, puis la salua d’un bref signe de tête et parti sans se retourner, prenant son paquet de cigarettes et en sortant une pour la mettre au coin de sa bouche.

Elfy baissa la tête vers le sachet. Il était déjà à moitié vide – comme quoi, elle s’était faite avoir une fois de plus – mais ça suffirait jusqu’au soir.

Il était presque huit heures, et elle commençait les cours à cinq, alors il n’y avait pas de temps à perdre. Elle s’appuya contre le mur et ouvrit le sachet avec un petit sourire. Sa journée ne serait peut être pas si terrible que ça, finalement.

 

***

 

Keep Your Head - The Ting Tings

 

Le vendredi était officiellement le jour préféré de Kerith Ephron. Elle ne voyait pas sa tyrannique

professeur de philosophie, n’avait pas à garder l’immonde fils obèse de sa concierge se retrouvait en week-end le soir même, et surtout, elle ne commençait les cours qu’à neuf heures, ce qui signifiait, selon la petite tradition qu’elles avaient instaurée au début de l’année, qu’elle prenait son petit déjeuner avec ses trois meilleures amies dans l’adorable café cosy appelé « Le Nid » du coin de la rue où se trouvait son studio.

Elles étaient toutes les quatre – Madalen Strohmeyer, Avril Sykes, Wilma Shepard et elle-même - confortablement installées dans les banquettes de velours rouge de leur table favorite - celle qui était juste à côté de l’entrée et qui leur permettait de voir les allées et venues des passants - et vaquaient à leurs occupations respectives en discutant agréablement.

Kerith bue une gorgée de son jus d’ananas, repoussa une mèche de cheveux châtain clair qui lui tombait dans les yeux, et se mordilla la lèvre inférieure avec hésitation en relisant ses notes d’histoire.

-          Eh, « détenir », ça prend un ou deux « n » ? demanda-t-elle au petit groupe.

-          Un seul, répondit aussitôt Madalen sans lever les yeux de son exemplaire du Monde, qu’elle lisait en fronçant les sourcils d’un air sérieux.

De son propre point de vue, Madalen avait toujours eu des lectures étranges depuis qu’elle la connaissait. Et elle la connaissait depuis la maternelle.

-          Merci… marmonna Kerith en replongeant dans ses notes pour corriger son erreur.

Elle se demandait toujours comment elle avait fait pour entrer au lycée, et a fortiori, y rester et même passer en terminale ES sans trop de problème. Madalen excellait dans toutes les matières littéraires, Wilma était sans aucun doute l’une des plus grandes sportives du lycée, et Avril… eh bien, Avril était un génie dans tout ce qu’elle entreprenait. Kerith, elle, était seulement une élève médiocre qui portait toujours des robes plus courtes que la moyenne.

-          Qui a fait construire Versailles ? se résigna-t-elle à demander, sachant qu’elle se sentirait stupide dès que l’une des filles lui répondrait.

-          Louis XIV, répondit cette fois Avril en levant la tête pour la regarder avec un sourire si gentil qu’il fit immédiatement oublier à Kerith pourquoi elle se sentait mal.  

Il y eu un instant de silence durant lequel Wilma finit de maquiller son œil droit et rangea son mascara dans le gros sac de sport bleu et blanc qui ne la quittait jamais. Avril enleva une poussière imaginaire sur la manche de son chemisier rose, puis dit :

-          Vous allez chez Tony ce soir ? Il m’a demandé ce que vous faisiez, et je me suis rendue compte que j’avais complètement oublié de vous en parler.

-          Tout le monde vient de toute façon, non ? demanda Kerith, qui avait lâché ses notes au mot « soir ». C’est la plus grosse fête depuis le début de l’année, et accessoirement, c’est ton copain qui l’organise. La vraie question c’est : qu’est-ce que vous comptez mettre ?

-          J’hésite encore entre ma robe grise et le haut blanc que j’ai acheté l’autre jour, répondit Wilma de son adorable voix de petite fille. Quelqu’un veut finir mon milkshake fraise ?

Kerith leva la tête vers les grands yeux bleu foncé de son amie et accepta la boisson. Wilma était tellement chou qu’on ne pouvait jamais rien lui refuser. Ses cheveux noir corbeau encadraient son visage de poupée de porcelaine, et son éternel petit sourire rêveur et doux renforçait son impression de fragilité. Elle était capitaine des pom-pom girls du lycée, et tout le monde l’appréciait.

La seule ombre au tableau s’appelait Elfy, et d’après ce qu’elle avait pu en voir, la gentille petite sœur un peu collante et accro aux films d’horreur que Kerith avait connue en même temps que Wilma, deux ans auparavant, s’était transformée en hippie impossible à vivre qui évitait les cours comme la peste et s’endormait n’importe où quand elle ne riait pas comme une démente au moindre mot prononcé.

-          Madalen ? appela Avril en agitant la main devant les yeux de son amie. Et toi ?

La rousse referma son journal et mit quelques secondes à saisir le sujet de la conversation. Enfin, elle soupira.

-          J’ai un papier à finir pour le journal. A moins de le faire ce midi et d’essayer de le finir rapidement en rentrant ce soir, je ne sais pas si j’aurai le temps…

Elle mordit d’un air las dans son beignet à la myrtille.

-          Ce boulot pour le journal du lycée te prend vraiment tout ton temps… remarqua Kerith.

-          Je suis rédactrice en chef. C’est logique. Mais, je verrai ce que je peux faire. J’ai envie de sortir ce soir, ajouta-t-elle.

-          Super ! sourit Wilma. On se retrouve chez moi avant la fête pour se préparer ? Peut être que Elfy voudra venir, je verrai avec elle.

-          Pas de problème, sourit Avril. J’ai cours de chimie, je dois y aller, ajouta-t-elle en jetant un coup d’œil à la montre qui ornait son poignet.

-          Merde ! s’exclama Kerith. Je comptais sur toi pour m’aider à faire mes maths…

-          C’est pour quand ?

-          Hum… Maintenant en fait. Tant pis.

-          Oh, je m’en vais aussi, ajouta Wilma en ramassant ses affaires. J’ai promis aux filles de l’équipe de passer leur montrer le nouvel enchaînement. On mange ensemble ?

-          Ne comptez pas sur moi en tout cas, j’ai trop de travail, gémit presque Madalen en affichant un rictus. On se retrouve en littérature à dix heures Wilma.

-          Oui, à tout à l’heure !

Elle referma la porte du café en lui faisant un petit signe et un sourire qui creusa deux adorables fossettes dans ses joues. La rousse replongea aussitôt dans ses papiers en secouant la tête pour éviter de partir en courant à sa suite.

 

***

 

Black Plant - The Last Shadow Puppets

 

Les animaux sauvages avaient toujours exercés une certaine crainte mêlée de fascination sur Roméo Wilson. Un frisson  d’excitation incontrôlable parcourrait son corps quand il regardait n’importe quel documentaire animalier sur les gorilles, les lions ou les crocodiles, et quand il allait au lycée à pieds, il ralentissait toujours devant l’énorme chien noir et effrayant qui vivait en bas de sa rue, rien que pour avoir l’impression de réellement risquer sa vie, malgré la clôture électrifiée.

Aussi, le jour de son entrée en seconde, deux mois plus tôt, il avait immédiatement repéré Newt. Il était la personne la plus effrayante et attirante à la fois qu’il n’ai jamais rencontré. Il semblait dégager une telle aura de dangerosité que Roméo se sentait submergé d’émotions contradictoires à chaque fois qu’il le croisait dans les couloirs, ou même quand il le regardait discuter avec ses amis sur le parking du lycée, comme il était présentement en train de le faire.

Il portait aujourd’hui, sous son blouson de cuir, un t-shirt rouge foncé à col V laissant deviner un torse finement musclé qui aurait pu le faire baver d’admiration s’il n’avait pas été aussi préoccupé par ce qu’il s’apprêtait à faire. Aujourd’hui, il l’avait décidé, serait le grand jour, celui où il allait, pour la toute première fois – et, il l’espérait de tout son cœur, pas la dernière – parler à son idole.

Il s’avança d’un pas décidé vers le petit groupe, les mains profondément enfoncées dans les poches de son jean pour se donner une contenance, et le regard empli d’une légère panique qu’il n’arrivait décidément pas à endiguer.

Newt était nonchalamment assis sur la selle de sa moto – Roméo aurait été bien incapable d’en reconnaître la marque, n’y connaissant strictement rien – et cessa aussitôt sa conversation pour le fixer en silence tandis qu’il approchait.

-          Salut… commença Roméo alors que l’éternel sourire moqueur du blond fleurissait déjà sur ses lèvres.

-          Salut gamin. Tu t’es perdu ? Je crois bien que le collège est de l’autre côté… A moins que tu ne veuilles quelque chose en particulier ?

-          Non, je veux dire, je suis au lycée, et je n’ai besoin de rien, je voulais juste… comment dire ? Je crois que j’ai vraiment envie de te connaître… marmonna Roméo en se sentant affreusement gêné, affichant un demi sourire crispé.

Il y eu un instant de silence total durant lequel Solal Dhami, un Indien à la peau mate connu pour sa légendaire indiscipline, le regarda d’un air choqué, ses yeux sombres grands ouverts, et où même Caleb Hart, les yeux maquillés de noir et le visage couvert de piercings, lâcha son livre du regard pour hausser en sourcil sceptique dans sa direction. Newt quand à lui, sourit plus largement encore et dit :

-          Tu voudrais me connaître ? Renseigne-toi tout seul comme un grand, tout le monde sait qui je suis ici.

Roméo senti qu’il allait sans aucun doute devoir ramer pour que le blond lui accorde une miette de véritable attention, et non un intérêt limite scientifique pour la petite chose que Newt semblait penser qu’il était.

-          Je sais déjà pleins de choses sur toi… reprit-il avec hésitation. Tu t’appelles Newt Westerfeld, tu es en première L, tu auras dix-sept ans en février, tu adores les motos et détestes les cours, tu as un casier judiciaire depuis l’âge de treize ans, et tu vis avec ton petit frère et ta mère. Tu fumes des Lucky Strike et tu n’enlèves jamais tes lunettes de soleil, même en classe, tu…

-          Ola ola ! Stop, j’ai compris, l’interrompit Newt se mettant debout pour faire un pas vers lui, alors que Roméo mettait un point d’honneur à ne pas reculer. Tu connais pleins de détails bizarre de ma vie, et à vrai dire, je préfère ne pas savoir comment tu as fait ni a quel degré exactement tu as envie de me connaître vraiment mais…

-          Je ferai n’importe quoi pour te connaître, répondit-il très sérieusement tandis que Solal s’étranglait de rire.

-          On dirai bien que tu es le grand amour de ce gamin Newt ! s’exclama-t-il, provoquant chez Maxence un fard monstrueux et chez le blond un grondement menaçant.

-          J’éviterai d’aborder le sujet du grand amour si j’étais toi, grogna-t-il alors que Solal baissait la tête et que Caleb levait les yeux au ciel avant de replonger dans son livre. N’importe quoi tu dis ? demanda-t-il en reportant son attention sur Roméo.

-          N’importe quoi ! approuva-t-il en hochant vigoureusement la tête, ses boucles châtain clair voletant en mèches folles autour de son visage.

Le sourire de Newt se fit prédateur, et il le prit par les épaules pour l’éloigner des autres de quelques pas.

-          Bien, alors laisse-moi t’expliquer. Ce soir, c’est la traditionnelle fête du trente et un octobre organisée par Tony Pointcurt et je dois donner… quelque chose à une fille. Si tu le fais à ma place, correctement j’entends, tu pourras peut être passer un peu de temps avec nous.

Roméo avait la vague impression que c’était un peu trop beau pour être vrai, mais il s’empressa d’accepter avant que l’autre garçon ne change d’avis.

Avec la promesse de le retrouver le soir même, il s’éloigna d’un pas qui aurai pu être joyeux s’il n’avait pas tant eu l’impression que Newt le suivait des yeux avec un air de loup affamé prêt à le dévorer tout cru au moindre faux pas. 

L’ennui avec Roméo, c’est qu’il avait toujours eu le profil de la proie idéale.

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Chapitre 2  (Love Association) posté le mardi 22 septembre 2009 22:07

Bad Before Good - Day One

 

Sans entrer dans la case du véritable dépressif, Caleb était ce que l’on pouvait appeler un déprimé chronique. Il souriait rarement, riait encore moins souvent – pour ne pas dire jamais – avait un goût prononcé pour la couleur noire et les improbables groupes de métal symphonique, comptabilisait un total de cinq piercings faciaux et écrivait des poèmes ou des chansons inspirés sur la mort et les ténèbres qui semblaient régner sur sa vie.

Caleb avait étudié et nommé avec un grand intérêt ses différentes phases de déprimes personnelles.

La déprime contemplative se trouvait être la plus fréquente, et la moins profonde. Il restait simplement là, à regarder les choses sans les voir et à réfléchir aux paroles d’une chanson ou aux vers d’un poème. Un observateur extérieur aurait pu dire qu’il rêvait éveillé.

La déprime réaliste arrivait le plus souvent quand il cherchait à s’endormir sans y parvenir. Il se posait d’innombrables questions sur le sens de la vie, son avenir, les choix qu’il avait fait ou qu’il lui restait à faire, et ses relations – ou son absence quasi totale de relations – avec les autres.

Et enfin, la déprime suicidaire, qui, comme son nom l’indiquait, se manifestait par une envie modérée de mettre fin à ses jours.

La déprime contemplative pouvait revenir plusieurs fois par jours, la déprime réaliste environ tous les deux jours et la déprime suicidaire une fois par semaine en moyenne.

Cependant, il reconnaissait qu’il n’avait pas, extérieurement parlant, la vie difficile qu’on était en droit d’attendre de la part d’un déprimé chronique tel que lui. Il avait énormément d’argent, une bibliothèque pleine de livres passionnant, et un chauffeur personnel.

L’avantage avec le fait d’avoir un chauffeur, en plus de celui évident de ne jamais avoir à marcher, était que Caleb n’avait pas à passer une seconde de plus que nécessaire au lycée. Aussi, le vendredi après-midi, où il finissait toujours les cours à quinze heures, il pouvait passer son temps libre à ressasser les évènements – ou même les non-évènements – de sa semaine et ainsi tomber dans une déprime réaliste. 

Il se demandait donc présentement, avec un intérêt toutefois modéré, ce que Newt pouvait bien trouver d’intéressant à un gamin innocent et niais tel que Roméo Wilson, tandis qu’il était allongé sur son lit, le regard dans le vide, son exemplaire des Fleurs du Mal dans une main et le collier clouté qu’il venait d’enlever de son cou dans l’autre.

Il avait évidemment cessé depuis longtemps – environ un mois après avoir fait sa connaissance en réalité – d’essayer de comprendre les réactions de son ami, mais il avait, en quelque sorte, assez d’intérêts communs avec Roméo pour se sentir un minimum concerné par sa pitoyable tentative d’approche.

Il s’apprêtait à allumer une cigarette sortie tout droit du paquet qu’il planquait sous son lit pour éviter que sa fouineuse de petite sœur ne le trouve, quand la sonnerie de son portable, une chanson plutôt larmoyante de Nightwish qui le mettait à chaque fois dans un état de déprime contemplative, retentit dans sa chambre.

Selon la mauvaise habitude qu’il ne semblait pas vouloir perdre, le principal intérêt commun qu’il avait avec Roméo lui téléphonait une fois de plus pendant sa déprime réaliste du vendredi après-midi. Il se redressa légèrement et demanda d’une voix lasse :

-          Elliot ?

-          Oui, c’est moi. Je te dérange pas, c’est bon ?

Caleb regarda vaguement autour de lui. Le problème avec cet intérêt commun était sans aucun doute l’impossibilité qu’il avait à le blesser intentionnellement, et accessoirement le fait qu’il avait été son meilleur ami jusqu’à l’âge de douze ans.

-          Absolument pas, s’entendit-il répondre en pensant tout à fait le contraire.

-          Super ! s’écria Elliot alors que Caleb se demandait pourquoi sa voix semblait toujours aussi joyeuse sans raison apparente. Ta journée s’est bien passée ?

-          Aussi bien qu’une journée de lycée. Roméo est venu. C’était intéressant.

-          Sérieusement ? Il m’avait dit qu’il ferait peut-être quelque chose de stupide dans le genre… Enfin, il n’avait pas dit que ce serai stupide évidemment, ça c’est de moi.

-          Je m’en doute. 

-          Je me demandais… Tu vas à la fête de Pointcurt ce soir ? lui demanda Elliot en passant du coq à l’âne, ce qu’il faisait toujours excessivement souvent d’après Caleb.

-          Je suppose que oui… Newt a des choses à faire là-bas.

-          Je vois, répondit son interlocuteur, soudainement plus froid.

Elliot haïssait Newt de tout son cœur, et ce dernier le lui rendait bien. Caleb préférait ne pas savoir pourquoi, parce qu’à part lui-même, ils n’avaient strictement rien en commun.

-          Enfin, Sam me harcèle depuis des semaines pour que je l’y accompagne, alors je me suis dis, pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups et en profiter pour se voir ?

Caleb haussa les sourcils, surpris, et passa une main dans ses cheveux sombres. Elliot voulait le voir. Depuis qu’ils avaient repris contact, à la rentrée, ils ne s’étaient jamais réellement parlé autrement qu’au téléphone. Evidemment, ils étaient dans le même lycée, mais il était totalement exclu de le saluer, voir même de le regarder, avec Newt toujours prêt à sauter sur Elliot au moindre mot prononcé, le contraire se vérifiant aussi.

-          Caleb ? Tu es toujours là ?

-          Oui… Je réfléchissais. On peut se voir si tu veux. Mais discrètement d’accord ?

-          Ouais, bien sûr, discrètement ! Sam n’a pas besoin de le savoir non plus de toute façon, elle me poserait tout un tas de questions…

Samantha Reign était la petite amie d'Elliot depuis environ six mois, et ils s’entendaient tellement bien que s’en était limite écœurant. Enfin, du point de vue subjectif de Caleb, qui évitait de creuser la question.

-          A ce soir alors ? Tu promets ? reprit Elliot en le sortant de ses pensées.

-          Oui. A ce soir. Promis, répondit-il doucement en raccrochant.

Il se rallongea sur son lit en se demandant comment Elliot faisait pour le sortir de n’importe laquelle de ses déprimes avec un simple coup de téléphone, et aussi depuis quand il n’avait plus promis quelque chose à quelqu’un.

 

***

 

Beauty Queen - Lash 

 

Quand Wilma mit sa clé dans la serrure de la porte d’entrée, elle se rendit compte qu’elle était déjà ouverte. S’offrait alors à elle deux possibilités. Soit ses parents étaient rentrés plus tôt que prévu, ce qui aurait été assez extraordinaire pour être consigné quelque part, soit, hypothèse beaucoup plus plausible d’après les notes de reggae qu’elle entendait distinctement provenir de l’étage, Elfy séchait encore les cours.

Wilma soupira en grimpant d’un pas lent les marches des escaliers. Elle qui pensait pouvoir profiter seule de la maison pour se doucher après son entraînement et attendre les filles en mangeant quelque chose allait de toute évidence devoir répéter à sa petite sœur pour la énième fois que le lycée n’était pas un self service.

Elle entra sans frapper, assaillit par l’obscurité ambiante dû aux volets fermés, et fronça le nez en sentant la forte odeur de tabac qui enfumait la chambre. Elfy releva lentement la tête du cendrier où se consumait une de ces choses qu’elle affectionnait et dont Wilma préférait ne pas entendre parler, ni savoir d’où elle venait. Ses lunettes étaient relevées sur son front et ses courts cheveux châtains tout ébouriffés. Elle avait l’air ailleurs, et mit quelques secondes à comprendre que sa sœur venait de pénétrer dans une pièce qui lui était en principe interdite d’accès.  

-          Wilma, lâcha-t-elle finalement avec un soupir las. Comment se fait-il que tu sois à la maison, qui plus est dans ma chambre ?

-          Je rêve ! s’exclama-t-elle. C’est toi qui sèches les cours et qui fume je ne sais quoi je te signale. Combien de fois va-t-il falloir qu’on parle de ça ?

-          A toi de voir. Arrête quand tu veux, ça ne me manquera pas du tout. Et tu gagneras du temps, ajouta-t-elle en hochant la tête avec conviction.

Wilma se prit la tête entre les mains et ferma les yeux quelques instants.

-          Je ne peux pas permettre que ma sœur soit une de ces hippies droguées qui estiment que Bob Marley était un dieu et que les cours sont inutiles, reprit-elle plus calmement.

-          Oh, je vois. La super pom-pom girl a peur pour sa réputation pas vrai ? Un membre de sa famille qui n’est pas dans le droit chemin, ça fait tâche c’est ça ? ironisa Elfy en avisant l’uniforme bleu et blanc de l’équipe que Wilma portait encore. Je ne vais pas changer pour faire plaisir à quelqu’un d’aussi superficiel que toi !

-          Il n’est pas question de ça ! Je sais que tu as volé de l’argent à Papa et Maman ! Tu as un vrai problème, et tu es ma sœur, je m’inquiète pour toi !

-          Si tu en es vraiment convaincue, alors tu te mens à toi-même, répondit Elfy sur un ton devenu glacial. Tu ne t’es jamais inquiétée que pour toi Wilma, et ça ne changera jamais.

Il y eu un instant de silence durant lequel Wilma encaissa le coup. Elle regarda sa sœur, son air buté et ses yeux bleus identiques aux siens, puis baissa la tête et tourna les talons.

-          Ce soir, tu viens avec moi chez Tony, et je peux t’assurer que je ne te lâcherai pas d’une semelle, asséna-t-elle en sortant de la pièce à grand pas.

-          Et si je refuse ?

-          J’avoue tout à Papa et Maman, et tu sais aussi bien que moi ce qui se passera ! cria-t-elle avant de claquer la porte de la salle de bain et  d’allumer l’eau pour ne plus entendre les insultes diverses et colorées qu'Elfy lui lançait.

Elle se déshabilla lentement avant de se glisser sous le jet. Les affrontements verbaux avec sa sœur devenaient de plus en plus violents et blessants, et malgré l’apparente impassibilité d'Elfy, elle savait qu’elles en souffraient toutes les deux. Tout allait bien avant. Ou alors, elle n’y faisait pas vraiment attention. Elles ne se voyaient pas si souvent que ça, quand sa sœur était encore au collège. C’était un peu comme si elle partageait ses repas et de rares activités avec une inconnue un peu bizarre qui sortait de temps en temps quelque chose d’intéressant ou de marrant. Et puis, la vague de changements avait commencé. 

Quand Elfy avait décidé de devenir végétarienne, elle avait levé les yeux au ciel en clamant que ça ne durerait pas. Quand Elfy avait changé de style pour ne porter que de grandes jupes colorées, de longues tuniques et tout un tas de bijoux bizarres, elle avait froncé le nez de dégoût et fait commentaires désobligeants sur commentaires désobligeants. Mais quand elle avait découvert qu'Elfy prenait de la drogue, elle n’avait pas su comment réagir. Alors elle avait fait comme si elle ne remarquait pas que sa sœur avait parfois une élocution trop lente, un rire trop fort ou une attitude inexplicable. Ses parents ne semblaient pas y faire attention, alors pourquoi ferait-elle quelque chose ?

Elle se rendit alors compte avec surprise que c’était uniquement quand Avril, Madalen et Kerith lui avaient demandée pourquoi sa sœur était aussi étrange qu’elle avait décidé de prendre les choses en main et de mettre en terme aux activités illicites d'Elfy. Personne ne devait savoir qu’elle se droguait. Les gens auraient parlé, et elle ne l’aurait pas supporté. Elle avait trop travaillé pour en arriver là, il était hors de question que sa sœur gâche tout.

Elle repensa à leur dispute. Que lui avait-elle dit déjà ? Qu’elle ne s’inquiétait que pour elle-même ? Elle secoua la tête d’un air désabusé, puis commença à se faire un shampooing. N’importe quoi.

 

***

 

I Believe I Can Fly - Me First And The Gimme Gimmes

 

La porte s’ouvrit presque immédiatement quand Roméo frappa, et une femme brune d’une trentaine d’années qu’il n’avait jamais vue auparavant apparut dans l’encadrement.

-          Bonjour, je peux t’aider ? lui demanda-t-elle aimablement.

-          Bonjour… répondit-il en détaillant avec détachement la robe noire un peu trop courte pour la température actuelle. Je viens voir Elliot. Est-ce qu’il est là ?

-          Bien sûr, il est dans sa chambre. Je ne sais pas ce qu’il fabrique, mais il y a un boucan monstre là-haut. Entre, je t’en prie. Je t’accompagne ?

-          Non non, je connais le chemin merci.

Si elle s’inquiétait du bruit que faisait Elliot, elle n’était de toute évidence pas ici depuis bien longtemps. Il frappa à la porte de la chambre  de son ami et un bruit de chute ainsi qu’un juron retentissant lui répondirent. Il se décida à pénétrer dans la pièce avec toutes les précautions qu’il savait nécessaires.

La chambre d'Elliot ressemblait en réalité à tout sauf à une chambre. La moquette au sol était découpée par pans entiers à certains endroits, et l’odeur qui y régnait laissait supposer qu’elle n’avait pas été aérée depuis un certain temps. Une espèce d’établi biscornu emplissait la moitié de l’espace. Il était recouvert d’objets hétéroclites, tel un masque chirurgical étrangement fluorescent, une série de tournevis de toutes tailles, des bocaux contenant des liquides colorés et fumants, et ce que Roméo crut distinguer comme étant un chalumeau. L’autre moitié de la pièce était occupée par une fenêtre condamnée à l’aide de planches en bois, un hamac suspendu entre une étagère pleine de magazines et de pavés scientifiques et un poteau en fer rouillé et branlant. Une ampoule nue était suspendue au plafond par un long fil électrique et diffusait une faible lumière et un énorme chien aux longs poils ébouriffés dormait à côté du skate adoré d'Elliot en poussant de temps à autre un ronflement sonore.

Elliot, quand à lui, se tenait au milieu de la pièce, d’énormes lunettes de chimiste relevées sur son front, une petite perceuse à la main et un air d’enfant pris en faute sur le visage, accentué par ses tâches de rousseur et les cheveux châtains qui lui tombaient devant le visage.

-          Oh, c’est toi, finit-il par dire en reconnaissant Roméo. Je croyais qu’elle avait finalement décidé de venir voir ce que je faisais.

-          Qui ça ?

-          La nouvelle copine de mon père. Je ne me rappelle jamais comment elle s’appelle… Quelque chose qui commence par un L peut-être ? Enfin bref, qu’est-ce qui t’arrive ?

-          Rien de spécial, je passais te voir, comme ça.

-          Oh, super alors. Assied-toi je t’en prie… commença Elliot en parcourant la chambre du regard pour trouver un siège libre, quête vaine et sans espoir, comme il ne tarda pas à s’en rendre compte. Hum, par terre, ça ira ?

Roméo avisa un coin de moquette quasiment intact, mis à part une tâche de ce qu’il supposait – espérai – être de la peinture bleue, puis s’assit précautionneusement, imité par son hôte.

Ils étaient voisins depuis quelques années à présent, et ils avaient pris l’habitude, inchangée même après son entrée dans le même lycée que lui, de se rendre régulièrement l’un chez l’autre. Elliot était d’un an son aîné, et faisait une première scientifique. Il avait dit à Roméo que son quotient intellectuel était, paraît-il, supérieur à la moyenne, mais qu’il ne s’en rendait pas vraiment compte.

Roméo, lui, s’en rendait compte. Elliot était capable de réaliser n’importe quel exercice scolaire en quelques minutes sans faire une seule faute, lisait des revues scientifiques incompréhensibles au commun des mortels, et inventait des objets certes inutiles mais qui amusaient beaucoup Roméo, tel un réveil volant qui sonnait toujours en plein milieu de la nuit ou un stylo parlant qui vous insultait quand vous écriviez avec.

-          Alors ? commença Elliot sur un ton taquin. Tu as finis par aller voir le grand méchant Newt ?

Roméo rougit légèrement.

-          Comment tu es au courant ?

Elliot haussa les épaules.

-          Tout se sait. Comment ça s’est passé ?

-          Je ne sais pas. Il m’a demandé de faire quelque chose pour lui ce soir et…

-          A la fête ? Est-ce que c’est dangereux ?

-          Oui, et je ne sais pas… Je verrai.

Elliot le scruta de ses yeux trop noirs et Roméo se sentit assez mal pour baisser les yeux et chercher à changer de sujet. Grâce au t-shirt léger d’un beige douteux que son ami portait, il remarqua les nombreuses égratignures sur ses bras minces et pâles et pu embrayer directement :

-          Comment tu t’es fais ça ? demanda-t-il en pointant du doigt un énorme pansement sur son coude.

-          Euh… Chalumeau, répondit-il en indiquant l’établi d’un signe de tête.

Roméo frissonna et désigna une écorchure plus petite sur son biceps.

-          Et ça ?

-          Skate.

Il montra une écorchure encore un peu ensanglantée.

-          Skate.

-          Et celle-là ? Attends, laisse-moi deviner… Skate ?

-          Non, Elliot Junior ! rit-il en se tournant vers l’énorme chien qui n’avait rien d’un junior. On se disputait un livre sur la chimie moléculaire.

Roméo se demanda un instant qui pouvait bien vouloir intentionnellement un livre sur la chimie moléculaire – il n’était même pas réellement certain de savoir ce qu’était la chimie moléculaire – et aller jusqu’à se battre avec un chien de la taille de Elliot Junior pour le récupérer, puis laissa finalement tomber. Elliot était complètement taré de toute façon, aussi bon ami soit-il.

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